L’élève, un artiste qui se met en scène

Marie-Lise Barbier

Toutes les activités du cours d’éducation musicale peuvent donner lieu à de la création ou en tout cas donner l'occasion aux élèves de faire appel à leur créativité. Cela se passe parfois juste sur l'instant et sur un temps court. Par exemple lors de l'échauffement vocal : l'élève peut à son tour prendre en main l’échauffement en réutilisant les exemples donnés par l’enseignant mais également en étant force de proposition dans les exercices vocaux qu’il va soumettre à la classe.

La création peut aussi occuper une partie du cours, toute une séance ou même s'étendre sur plusieurs séances, tout est envisageable !

Faut-il systématiquement évaluer et quoi ?

Tout élève engagé dans un processus de création est pour moi déjà en réussite. Lorsque j’évalue l’activité de création, l´engagement prend une large place.  J’évalue souvent davantage la démarche créative que le chef d'œuvre lui-même : l'élève est-il impliqué ? A l'écoute des autres ? Est-il force de proposition ? 

Je peux également poser comme enjeu d'évaluation le respect de quelques contraintes techniques précises, tout en gardant  une vision globale de la création finale lorsque je l’évalue. Je n’évalue pas forcément l’activité de création. Par contre nous faisons systématiquement un retour sur le moment de création et les chefs-d’œuvre. Le feedback avec la classe, la discussion, les échanges d'idées et de conseils entre élèves sont des moments très enrichissants et formateurs pour eux. Ils leur permettent de prendre confiance, d’affiner leur esprit critique, de développer un lien de coopération et de respect mutuel.

Exemple de situation de création et de son évaluation, autour du projet musical : La mise en espace du chant

Cette création s'est faite en classe entière sur le niveau de troisième : 

Nous avons travaillé dans un premier temps la chanson de Grand Corps Malade et Louane Derrière le brouillard. La démarche créative a pu démarrer une fois le chant maîtrisé par cœur. La consigne donnée à la classe était de mettre en espace  ce chant, le chorégraphier. La seule contrainte imposée était de varier les dispositions et les formations (soliste, petit groupe, classe entière) et que chacun s'implique dans la construction de ce projet.

J´ai annoncé dès le départ ce qui serait évalué :
1) l'implication individuelle dans le collectif
2) une prestation collective finale (filmée) montrant des “artistes” et non des élèves.

Prérequis nécessaires à ce travail :

L’élève doit avoir expérimenté une multitude de dispositions dans l’espace et acquis des automatismes d'artiste. Dès la 1ère année au collège, nous travaillons la posture (ancrage, regard, corps, présence) et diverses dispositions dans l’espace. Au départ c’est moi qui leur apporte des idées de dispositions puis elles sont enrichies par les élèves : dispersé, chœur, cercle, rideau ouvert, arc-en-ciel etc. La salle devient un lieu de spectacle avec scène, coulisses et le vocabulaire adapté (cour, jardin, avant-scène etc.) 

Sur le chant Derrière le brouillard, les élèves ont donc eu à faire des choix artistiques : 

Comment se partager le texte ? Qui chante quoi ? Prévoit-on des parties solistes ? Comment se dispose-t-on sur scène pour que le projet musical devienne un moment de spectacle vivant et pas uniquement une interprétation vocale ?

Pendant ce temps de recherche, de propositions et d'échanges entre les élèves, je reste volontairement en retrait pour les observer : qui est force de proposition ? Qui parvient à s’emparer d’une idée pour la faire évoluer ? Qui reste en retrait ? Mon rôle se limite à redynamiser quand ça tourne trop en rond – proposer de tester les idées suggérées par le groupe, les inviter à réfléchir à la suite de la chorégraphie pour éviter de passer trop de temps sur un couplet par exemple - ou accompagner le chant au piano quand ils souhaitent mettre en œuvre leurs propositions. Ce moment d’observation me permet de commencer à valider certaines compétences et de m’appuyer dessus lors de la séance suivante pour inciter des élèves trop en retrait à mieux prendre leur place dans le collectif.

La prestation est filmée à plusieurs reprises, au cours de la démarche créative, avec des temps d’échanges à chaque fois pour affiner le rendu proposé. A l’issue des prestations, des ultimes échanges portent autour du moment vécu, du rendu, des difficultés rencontrées, de l'évolution constatée, des points forts de leur collectif etc. 

Les propositions des 5 classes de 3° concernées par ce travail ont été variées, certaines mettant en scène un ou plusieurs élèves solistes sonorisés, dans des dispositions évoluant au gré du chant.  Dans leurs choix chorégraphiques, les élèves ont également su varier les entrées et sorties de scène, utiliser l’espace et jouer sur les hauteurs. Certaines classes ont ajouté des instruments.

Application Idoceo 

L'élève est un artiste qui devient metteur en scène : il fait des choix artistiques argumentés, les teste, les fait évoluer, dans un souci du collectif. Il porte un regard bienveillant et critique sur la démarche et la prestation finale. Les 4 champs de compétences sont travaillées : imaginer créer, interpréter, écouter, échanger argumenter débattre.

Une classe a souhaité prolonger ce travail en EPS car ils démarraient un cycle cirque. Nous avons donc travaillé quelques séances supplémentaires en interdisciplinarité pour caler le chant avec une mise en espace plus variée encore, utilisant d’autres compétences des élèves (jonglage, danse, acrobaties). Objectif : pouvoir proposer une petite prestation devant d’autres classes prochainement !